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Les derniers moments de l'Algérie Française

 

Quatre mois après mon retour de l'école de Police d'Hussein Dey à Alger, j'étais tiré d'affaire, le Docteur Alquié qui m'avait soigné pour une Tuberculose contractée à l'occasion du service m'a dit :

-   Vous n'êtes plus contagieux, il vous faut une bonne convalescence, si vous menez l'hygiène de vie que je vous recommande, vous serez encore plus fort qu'auparavant, il ne faudra pas fumer, ni boire, si on vous invite à un apéritif buvez plutôt un lait fraise, faites de l'exercice, dans un premier temps de la marche.

Je venais de passer de très mauvais moments physiquement, mais aussi mentalement, je ne voulais surtout pas devenir un poitrinaire, un Poussif, aussi, je suivais à la règle les soins et prescriptions de mon médecin.

Si je me suis si vite rétabli je le dois aux bons soins de celle que j'appelle encore aujourd'hui "mon Ange".

C'était une très jeune religieuse, soeur infirmière qui devait avoir mon age. C'est au deuxièmes jours de soins qu'ouvrant les yeux je l'ai vu, son visage enserré dans un voile blanc, tellement belle avec ses grands yeux bleus, tellement douce :

- Courage mon fils me disait-elle, le seigneur est avec vous. Tous les jours elle me faisait une piqûre de Streptomycine, elle prenait le temps de discuter avec moi, sur dieu et le christ dont elle se disait la servante, l'épouse, elle me récitait un nôtre père, un avé maria.

Je lui disais :

-  je suis comme saint Thomas, il me faut voir pour  croire, cela avait le don de l'irriter, ce qui la faisait rougir d'une douce colère, mais plus son visage s'animait plus elle était belle, elle rayonnait d'une beauté d'une pureté tout comme la madone. Par la suite, cela était devenu un jeu pour moi.

Si elle n'avait pas été une bonne soeur j'en serai tombé amoureux.  

Mes première sorties de la maison furent pénibles parce que vacillantes, mes jambes se dérobaient, il fallait que je m'appuie contre le mur pour pouvoir repartir.

Tous les jours, matin et après midi, je m'astreignais à faire 1 heure au moins de marche, petit a petit mes pas ont été plus sûrs, je suis allés de plus en plus loin, parfois je prenais le trolleybus, mais en règle générale, j'ai fini par parcourir de grande distance à pieds, c'est ainsi que je me suis retrouvé sillonnant les rues du centre ville d'Oran.

Ce fut en quelque sorte une seconde naissance.

J'appréciais à nouveau la vie, tout était beau, et, magnifique, les Oranais étaient joyeux, les Oranaises étaient belles, je redécouvrais cette ambiance, cette convivialité, cette familiarité si particulière à Oran. les gens qui s'apostrophaient dans la rue :

-  Ola, tche, como vas?, comment vas-tu?

Puis c'était la tchache sur le trottoir, ou, l'invitation à boire une anisette au bar du coin  ( des Kémias multiples et variées, moules sauce blanche, sauce rouge, escargots piquants, cacahuètes, olives, anchois, une tône de ceci, une tône de cela, etc etc. le tout arrosés d'anisette, la tienne, la mienne, et puis celle du barman, celle du voisin ), si on n'y prenait pas garde c'était la bouffa assurée.

J'avais retrouvé le goût de vivre et de chanter.

Lorsque, j'avais quitté Oran  fin 1958, et, même à mon retour en 1960, La ville d'Oran par rapport au reste de l'Algérie était encore relativement épargnée par les attentats.

Les barricades d'Alger étant un dernier baroud d'honneur, sur celles-ci, il n'y avait d'ailleurs aucune" figure Oranaise."

Le putsch des généraux d'avril 1961, me paraissait lointain, comme une lutte Franco-française pour le pouvoir entre un général de pacotille hyper orgueilleux, mégalomane (le général de Gaulle), et, des généraux entêtés s'en voulant de l'avoir appelé au pouvoir.

J'ai repris contact avec mon ancien copain Antoine de la cité petit.

J'ai appris par celui-ci, qu'après mon départ pour l'école de police des marins dont un certain M.. un breton que je connaissais bien s'étaient fait égorgés probablement par son meilleur ami, K...un musulman avec lequel il jouait souvent au Football, et, avec qui il entretenait des relations d'amitiés ( M.. avait été invité par K...chez lui à manger le couscous).

-   Tu l'as échappé belle, m'a dit Antoine, l'équipe qui vous a remplacé au santon de la Marine Nationale au ravin Raz el aïn, a été massacré.

-   K... durant la nuit, alors qu'il était de faction à la porte d'entrée, a ouvert celle-ci aux fellaghas qui sont entrés pour prendre des armes, ils ont égorgés pendant leurs sommeils deux matelots dont M... et, le quartier maître A...     

Certains l'avaient prévenu, le mettant en garde contre un excès de confiance, mais cela aurait pu arriver à n'importe lequel d'entre nous, K.. était ce que l'on peut qualifier un gentil garçon sans histoire. 

La vie a repris son cours. Les dimanches après midi j'allais avec Antoine et ses copains en surprise partie, dans une petite salle attenante à l'école primaire de la cité petit, c'était le temps des rencontres et des flirts à la recherche de l'âme soeur.

En été, Les familles du quartier comme cela était fréquent organisaient des sorties dominicales en cars à la plage, Cap Falcon, Port aux poules, etc, etc. j'ai été invité par un copain à passer le mois d'août à la plage des Coralés, ses parents et son frère avaient installé une tente marabout sur le sable. 

L'été 1961 s'est déroulé sans autres inquiétudes, il n'y avait aucune psychose, inconsciemment nous savions que tôt ou tard l'Algérie serait indépendante, mais que cela se ferait avec nous, nous vivions en quelque sorte au second degré conscients des problèmes, mais pas impliqués dans le processus, vivant au quotidien. 

Dans nos quartiers, nous étions amis avec des jeunes arabes modernes qui partageaient nos sorties, avec lesquels nous allions en surprise partie, et, dont nous savions qu'ils étaient FLN, que leurs pères étaient des responsables locaux importants (Mohamed alias Félix ,Ali alias Alain). C'étaient nos voisins de paliers avec lesquels nous cohabitions sans qu'ils fussent jamais inquiétés, même, dans la période la plus active de L'OAS (voir chapitre Mohamed-Félix).

En convalescence circulant dans les rues d'Oran, j'ai été le témoin de faits qui caractérisent la situation dans laquelle se trouvait la population n'osant rien dire prise en otage dans un conflit dont la finalité lui échappait.

Afin, de masquer ma lividité je m'étais laissé pousser la barbe, un collier, ce qui m'a valu l'appellation de Lagaillarde, en référence à Lagaillarde des Barricades d'Alger. 

 

                                             

 

Ma nouvelle situation de gardien de la paix stagiaire me donnait un pouvoir d'achat que je n'avais jamais connu auparavant m'ouvrant des horizons nouveaux cette sensation d'être autonome financièrement, de pouvoir assumer mon quotidien, et, de découvrir les joies simples de la vie comme pouvoir se vêtir convenablement entrer dans un Bar et consommer.     

Toute la jeunesse d'Oran avait pris l'habitude de se retrouver entre copains, et,  copines vers 18 heures rue d'Arzew (rue animée du centre ville) c'était un lieu de promenades, et, de rencontres, où, garçons et filles faisions connaissances souvent par camarades interposés, ou collègues de travails, c'était l'occasion parfois de revoir des anciens amis de quartiers, de draguer les filles (sifflets admiratifs, ou expressions toutes faite : Mademoiselle, ils sont à vous ces beaux yeux) ou, tout simplement de flirter.

C'était le temps des jukes box, du rock'n roll avec Bill Haley et ses comètes, d'Elvis Presley, du Cha cha cha, des surprises parties.

Chaque groupe avions un lieu de ralliement, nous sommes devenus ainsi la bande du Tabaris parce que le point de rencontre se situait au début des arcades d'Oran où, se trouvait un bar connu le "Tabaris" .

Certains se souviennent de la bande des cloches avec laquelle nous organisions des surprises parties.

 

               

 

Ce n'est qu'à partir du début de l'année 1962 que les choses ont changé, l'OAS a transporté son conflit à Oran.

J'ai le souvenir d'un défilé d'une quarantaine d'hommes pas très jeunes en tenue de la territoriale qui à la surprise générale jaillissant des rues adjacentes à la rue d'Arzew, s'étaient formés en rangs, quelques railleries étaient dites par des femmes qui se trouvaient à coté de moi :

-  tu as vu celui là comme il marche!

- regarde l'autre quelle allure il a, le pantalon qui lui arrive au genoux.

Cela a duré 10 minutes environ, après quelques réglages et caffouillages, arrivés prés du cinéma "Le Régent" où je me trouvais, ils ont bombé le torse pour se donner une allure martiale :

-  C'est l'Oas dit quelqu'un, la foule les a applaudi, soudain :

- voilà les gardes rouges s'écrièrent certains.

Deux véhicules blindés roulant à très faible allure et quelques gendarmes mobiles à pieds sont apparus au loin.

La petite troupe s'est dispersées sans précipitation vers la rue du Mogador, j'avais l'impression qu'il y avait eu une entente entre eux, car, il y avait un intervalle d'une cinquantaine de mètres à peine.

- Les bandits s'écria une personne la France les recrute dans les prisons, ce sont des condamnés de droits communs qui en échange de leurs peines s'engagent pour trois ans, ils tueraient leurs pères et mères.

La rue d'Arzew s'est vidée de ses passants, je restais là sur le trottoir à les regarder venir sans aucune appréhension.

Je les voyais s'avancer lentement dans la rue déserte, à 50 mètres, 20 mètres, 2 mètres, les gendarmes à pieds sont passés à coté de moi en me contournant comme s'ils ne m'avaient pas vu les yeux fixés sur les fenêtres des immeubles.

Ils avaient la trouille", je les ai vu s'éloigner toujours aussi tendus, leurs dos étaient une cible parfaite pour un tireur embusqué, je me suis dis :

- pourvu que? ils ont fait une halte au commencement des arcades.

J'avais connu cette situation à la casbah d'Alger lorsque j'étais à l'école de Police d'Hussein dey. Je savais que dans la gendarmerie mobile il y avait des pieds noirs mariés, pères de familles, qui comme mon frère Roger s'étaient engagés.

 

 

 

Les choses changeaient, évoluaient autour de moi, la violence, la méfiance et la haine, ajoutées à l'incompréhension de l'horreur des meurtres me faisait à juste titre craindre le pire, c'était une spirale, d'où, personne ne sortirait indemne. 

L'affreux meurtre de cette européenne, femme enceinte de Mers el Kebir, en était l'illustration.(égorgée, éventrée, le fétus fracassé contre les murs de sa maison).

L'assassinat de plus en plus fréquents dans le centre ville de jeunes gens européens tués par le FLN.(une balle dans la nuque).

La tactique utilisée était la suivant :

Le fellagas repérait sa cible souvent un jeune européen, il marchait derrière lui, et, lui tirait un coup de revolver dans la nuque, le tueur profitait de l'affolement général, de l'attroupement pour glisser quelques mètres plus loin son pistolet dans le panier d'une femme voilée, et, disparaissait.

je raconte cela pour l'avoir vécu, ce sont les badauds qui par curiosité s'étaient agglutinés formant un barrage humain entre le tueur et moi qui m'ont empêchés de l'attraper, j'avais beau crier :

- c'est lui, la bas, laissez moi passer. Lorsque j'ai pu me frayer un chemin il était trop tard, le fellagas et la fatma avaient disparus. 

La réplique des jeunes fous de l'OAS, voulant pour cette même raison, interdire l'accès au centre ville aux musulmans, tuant aveuglément tous ceux qui avaient la malchance de croiser leurs chemins.

Parfois, de simples travailleurs qui comme ce musulman qui s'était réfugié au Prisunic d'Oran, afin, d'échapper à ses poursuivants qui voulaient le lyncher, il a fallu que Monsieur C...directeur du Prisunic et son surveillant s'enferment avec lui dans le bureau en attendant que la Police arrive, ou, cet autre abattu prés du marché Michelet une balle dans les reins (voir chapitre OAS)

Je rejetais ces extrêmes, j'espérais qu'il y avait encore une solution pacifique pour le peuple.

Début 1962, Les CRS d'Algérie ont été mutés et dispersés dans les différentes compagnies républicaines de sécurités de France.

Au mois de Février mon beau frère René qui appartenait à la CRS d'Oran, ma soeur Denise et leurs enfants, ma mère, mon frère aîné Jo et ma jeune soeur Odette sont parties pour Lyon, j'ai refusé de les suivre en prétextant vouloir garder l'appartement que nous occupions à la cité HLM  gay Lussac à Bel Air, pour leurs retours après la proclamation de l'indépendance de l'Algérie, juillet 1962.

Avril 1962, L'Escalade de l'affrontement des généraux (OAS), et, de de Gaulle, la signature des accords d'Evian, la capitulation de la France face aux exigences du FLN ne me laissait guère d'illusions, cela a amplifié l'exode des européens. 

Malgré plusieurs courriers de la direction générale de la Police, m'intimant l'ordre de rejoindre la métropole, je refusais,( ma situation de mise en congé de longue durée de maladie CLD, me le permettait).

Mai 1962, L'OAS pratique la politique de la terre brûlée, les affrontements devinrent nombreux contre les forces de l'ordre, les gardes Rouges, et, les Barbouzes.

Les Barbouzes : Agents du renseignement gaulliste chargé de la lutte anti-OAS  

Barbouze, mot argotique descendant du mot barbe ou barbu désignant les hommes des services spéciaux français des renseignements de la Direction générale de la sécurité extérieure (D.G.S.E) ou leurs auxiliaires, les exécuteurs de basses œuvres, les spécialistes des coups tordus, les informateurs qui s’infiltrent dans les réseaux, les mouvements ou les organisations jugées dangereuses par le pouvoir.

L’Organisation armée secrète a été la première à emprunter ce terme pour désigner les trois cent hommes qui, pour aider les forces officielles, sous couvert d’une organisation, le Mouvement pour la coopération (M.P.C), se sont engagés dans la lutte anti-O.A.S.

 Le SAC (Service d'action civique) a été de 1960 à 1981 une association loi 1901 au service du général De Gaulle puis de ses successeurs gaullistes, mais souvent qualifiée de police parallèle, créée à l'origine pour constituer une "garde de fidèles" dévoué au service inconditionnel du "Général" après son retour aux affaires en 1958.

(La fin du SAC : la tuerie d'Auriol).

Pierre Debizet, responsable du SAC arrive à Marseille en mai 1981 car il s'inquiète des rivalités entre les membres locaux de son organisation. Jacques Massié, inspecteur de police et responsable local du SAC est accusé de détournement de fonds par ceux qui l'ont assassiné. Il était en réalité un policier de bon niveau et devait prendre la tête du SAC des Bouches-du-Rhône avec le soutien de Pierre Debizet. Quelques temps plus tard, Massié et toute sa famille furent assassinés.(extrait wikipédia)

L'Organisation armée secrète (OAS) était une organisation française politico-militaire clandestine, dont l'action concrète a principalement relevé du terrorisme. Créée le 11 février 1961 après une rencontre à Madrid de Jean-Jacques Susini et de Pierre Lagaillarde. Elle regroupait les partisans du maintien de la présence française en Algérie. Deux intellectuels, fermement opposés à la perte de l'Algérie, vont inspirer indirectement les fondateurs de l'O.A.S. : l'historien Raoul Girardet et l'anthropologue Jacques Soustelle.

Le sigle OAS apparut sur les murs d'Alger le 16 mars 1961, accompagné du slogan « L’Algérie est française et le restera ».

Fin Avril 1962, le désordre était tel que la suspicion seule était un prétexte d'élimination physique.(voir paragraphe Jasnhia la rebelle).

Les commandos OAS agissaient sur renseignements de l'aveu même de certains d'entre eux, ces renseignements provenaient de personnages plus ou moins troubles évoluant dans la haute administration, ainsi, des règlements de comptes ont pu avoir lieu, et, les jeunes de l'OAS manipulés.

Le début de l'engagement dans la violence de ces jeunes de l'OAS a été le meurtre horrible d'un de nos copains. 

J.. étais un gentil garçon sans histoire petit, chétif, timide, en se rendant chez lui, il a été égorgé dans les escaliers qui mènent de la rue Philippe à la marine.

Il a été ceinturé par quatre fellaghas et égorgé tel un mouton sans que personne puisse intervenir.

Nous lui avons rendu les honneurs à la morgue d'Oran, certains dont V.., G.., et, D.., devant la dépouille de notre camarade ont fait le serment de le venger, nous avons ensuite à tour de rôle porté son cercueil jusqu'à l'entrée du cimetière Tamasouhet. 

Depuis peu la curiosité m'avait fait oser franchir le seuil du bar le Tabaris, endroit très select à l'ambiance feutrée et chic qui était fréquenté par le milieu aisé d'Oran, j'ai fait la connaissance de nouveaux venus comme André ce métropolitain âgé d'une quarantaine d'année, muté au centre des impôts d'Oran, de  M... cet ancien légionnaire qui après 10 ans de service dans la légion étrangère venait de démissionner, avec l'espoir d'un emploi comme gardien d'immeuble à la cité Jean Lafontaine.

 Il m'avait confié que si cela ne se réalisait pas il retournerait chez lui en Espagne.

A Oran, tous les nouveaux arrivants ou personnes un peu curieuses, indiscrètes ou même ne partageant pas la politique de L'OAS étaient suspectées d'être des Barbouzes.

Quelques temps après, j'ai appris que M...z l'ancien légionnaire suspecté d'être un Barbouze avait été assassiné par des jeunes de l'OAS.

A l'occasion du réveillon du nouvel an 1962 J'ai revu Yvonne que j'avais rencontré quelques mois auparavant rue d'Arzew, nous nous sommes fiancés officiellement le 20 avril 1962 , elle devint par suite le 27 juillet 1963 mon épouse. 

 

                                        

 

J'étais tout à mon idylle, je voyais bien que la situation empirait chaque jour davantage, mais, pour moi fatalement cela devait s'arranger, je continuais avec une superbe inconscience, insouciance mon train train. le dimanche j'allais danser à la salle de bal "le Deauville" à Saint eugène.             

Je m'exposais dangereusement, Bravant tel ou tel contrôle, ou, barrage, inconsciemment je provoquais le Destin.

Au cours d'une rafle en juin 1962, les gens par camions entiers étaient arrêtés et transférés pour la nuit au stade Municipal.

Deux gardes rouges suivis à deux mètres par trois soldats s'avancèrent vers moi m'interdisant de passer, m'empêchant d'aller rejoindre ma fiancée à son travail au Prisunic d'Oran, situé au coeur de la rafle, j'ai  forcé le barrage, les soldats m'ont crié:

-  vous êtes fous vous auriez pu vous faire tuer et nous avec. j'ai pris à toute allure la première rue se trouvant à droite, je suis parvenu sans encombre au Prisunic, je suis allé voir ma fiancée pour l'informer de la situation :

-  Il y a des barrages partout, et, la rafle commence.

-  Je le sais dit- elle effrayée, mais notre directeur ne veut pas nous laisser partir. les vendeuses sont allées le voir en délégation, mais il n'a rien voulu savoir. elles étaient toutes paniquées sans oser enfreindre les ordres.

-  Je vais lui téléphoner dis-je.

-  Il ne t'écoutera pas c'est un salaud

-  Tu as son numéro de téléphone lui ai-je demandé.

-  Non! mais je vais le demandé à ma collègue.

Je me suis rendu dans une cabine téléphonique du Boulevard Clemenceau et j'ai appelé le directeur du Prisunic.

-  Allo, Monsieur C... ici l'OAS, vous savez qu'il y a en ce moment une rafle dans le centre ville?

-  Oui m'a-t-il dit apeuré. d'une voix sèche et impérative je lui ai dis :

- si vous ne laissez pas sortir votre personnel vous serez responsable de ce qu'il pourra leur arriver. 

 5 minutes après, les femmes étaient dehors. Yvonne m'a dit :

C.. est sorti de son bureau tout craintif, il nous a dit du haut de l'escalier que nous pouvions partir.

Narquois, je lui ai dis: 

-  C'est moi qui lui ai téléphoné au nom de l'OAS.

Nous entendions autour de nous les gens dire:

-  C'est bouclé partout on ne sait plus par où passer.

J'ai pris la main de ma fiancée et en courant nous nous sommes dirigés vers la seule issue possible selon moi pour parvenir à Gambetta, la route du port.  

Nous montions la rampe Valés lorsqu'une voiture s'est arrêtée prés de nous, c'était un voisin de ma fiancée:

-  Montez vite, j'ai été prévenu qu'il y avait un bouclage, je suis sorti plus tôt de mon travail, avec un peu de chance on parviendra à passer avant que la route soit barrée.

Ce fût juste à temps les chicanes commençaient à se mettrent en place. Nous sommes passés, et, parvenus à bon port.

J'avais déjà bravé quelques jours plus tôt un autre bouclage, les forces de l'ordre étaient attaqués de la terrasse des immeubles situés vers le Boulevard Front de mer, par des tireurs de L'OAS, là, aussi ils m'avaient interdit de passer.

J'avais évalué les risques,( je serais hors de portée des uns et des autres si je parvenais jusqu' à l'immeuble), c'est ce que j'ai fais en courant et zigzagant, en surprenant tout le monde, en ce temps là, je courais très vite.

Au mois de juin 1962, les bouclages et les rafles se sont accentuées. Un dimanche matin je m'apprêtais à sortir de mon immeuble des HLM Bel Air, lorsqu'un garde rouge juché sur la tourelle de son véhicule, à l'intersection de la rue gay Lussac et du boulevard Froment Coste me menaça en me disant :

-  Entrez chez vous le quartier est bouclé, personne ne passe. Je devais me rendre chez ma fiancée, l'amour dit-on donne des ailes., subrepticement, j'observais le gendarme manoeuvrer sa tourelle le temps qu'il mettait à faire le tour complet. Lorsque le moment fut opportun j'ai couru, j'ai entendu :

-  Halte, Halte ou je tire, mais il n'eu pas le temps de le faire j'avais plongé déjà sur le bas coté de la route donnant sur le Ravin blanc, je ne me suis arrêté que lorsque que je suis parvenu de l'autre coté de celui-ci, dans les rues de carteau, ensuite, j'ai marché calmement jusqu'à la Cité Jeanne d'Arc, en secouant mes vêtements. 

Lorsque j'ai sonné chez mon futur beau père, celui-ci était en train de dire ironiquement à sa fille :

-  Aujourd'hui tu ne verras pas ton chéri c'est bouclé partout, à ma vue il s'écria : 

-  Comment avez vous fais??

Le soir venu, il m'a fallu faire le chemin inverse, il y avait des tirs nourris entre la cité Jean de la fontaine à Gambetta et la nouvelle préfecture. Je rouspétais à l'encontre de mon futur qui avait refusé à sa fille de me faire dormir chez eux.

Je me suis risqué jusqu'à Gambetta, au bas du boulevard Froment Coste, de là, pour parvenir jusqu'aux premiers bâtiments des HBM Bel Air il y avait un découvert de 200 MTS environ, j'ai attendu une accalmie et d'un bond je suis parvenu de l'autre coté de la route, contre un petit muret de 50 cms,  j'ai rampé, il ne me restait plus que quelques mètres encore à faire à découvert, et, je serai sorti d'affaire; j'ai repris mon souffle observant les environs, la fréquence des tirs,  j'ai pris mes jambes à mon cou, je suis parvenu chez moi, mon beau costume tout neuf était souillé de terre, mes chaussures abîmées.

En désespoir de cause, les oranais tous les soirs, lancèrent des appels de détresses, en martelant sur leurs casseroles : Algérie Française, Algérie Française, mais hélas, pas d'écho pour les rassurer.

Ils s'accrochaient aux rumeurs les plus folles. Ce n'était pas possible que cela se termina ainsi, les Américains allaient venir nous aider? Le GPRA (Gouvernement provisoire de la République Algérienne) allait nous rassurer, ils avaient besoin de nous, de notre force économique, de notre savoir faire, et, parce que ce pays était le notre aussi.

 Je me suis souvenu alors des propos de M... mon collègue musulman de l'école de Police d'Alger. 

- L'Algérie nouvelle aura besoin de cadres, et à ce moment là comme nous serons formés on pourra prétendre à des grades plus importants, si tu le veux, je peux en parler à mon père.

En définitive, je m'apercevais qu'il avait raison. J'espérais que les européens qui le voudrait, pourrait être transférés dans cette nouvelle administration Algérienne.

J'ai reçu une mise en demeure de rejoindre la métropole avant le1°juillet 1962, jour de l'indépendance , faute de quoi tous mes droits seraient perdus, un ordre de mission était joint, je devais rapidement, me faire connaître auprès du service administratif de la Police à la nouvelle préfecture d'Oran.

à Oran, l'espoir était déjà cassé. Bravant les interdictions de l'O.A.S., la foule commence à s'entasser dans les ports et les aérodromes. Sous le soleil, on attend des heures et des jours. Avec, pour seul bien, quelques billets de mille et l'adresse d'un vague cousin en métropole.
L'exode commence. Plus rien ne le stoppera. Pas même la rumeur la plus folle, la nouvelle la plus insensée qu'aucun journaliste n'aurait osé imaginer : le F.L.N. et l'O.A.S. négocient.

Ma fiancée et sa mère se relayaient depuis quelques jours dans les files d'attentes pour une éventuelle place de bateaux, des gens campaient la nuit sur place, afin, d'être sûrs d'être dans les premiers le lendemain. il n'y avait plus un seul cadre pour transporter les meubles, Plus une seule valise en vente dans les commerces. des menuisiers se proposaient de faire des cadres en bois, des valises en contreplaqués.

François, Le père de ma promise disait :

-  moi je ne pars pas dans ces conditions là, j'attendrais après l'indépendance. Dans les conversations que j'avais avec lui il me disait :

-  Claude, vous ne savez pas ce que les gens son capable de faire au nom de" Liberté ", 

( il savez ce que cela signifiait, lui qui à l'age de 15 ans s'était engagé dans l'armée d'Afrique, et, a ensuite fait le débarquement de Normandie dans la 2° DB du général LECLERC, libérant Strasbourg)

 

               

 

-  il faut partir, c'est fini, si ce n'est pas maintenant ça sera dans cinq ans, ou, dans dix ans, mais, il faudra en fin de compte partir, secrètement j'avais espoir.

Les Bateaux, les avions étaient pris d'assaut, c'était la panique.

Les HBM de Bel Air se trouvait en face de la nouvelle préfecture à plusieurs reprises nous avons essuyé des tirs de mortier, la vitre de ma salle de bain a explosée. Les immeubles chaque jour se vidaient davantage.

 Mon futur beau père était inquiet pour moi, il avait promis à ma mère avant son départ de veiller sur moi. 

-  Moi je pars quand je le veux, lui ai-je dis un jour, j'ai reçu un ordre de mission, il s'est aussitôt pris au mot, il m'a contraint à me rendre à la préfecture me disant que sa femme et ses enfants avaient les places pour partir la semaine suivante, que si je ne le faisais pas je ne reverrai plus sa fille. 

Je me suis rendu à la préfecture, devant celle-ci il y avait plusieurs rangs de sacs de sable derrières lesquels des soldats s'abritaient, après m'avoir contrôlé et fouillé il m'ont laissé passer:

-  Il n'y a pratiquement plus personne, montez dans les étages voir s'il y a quelqu'un.

les portes des bureaux  étaient ouvertes, il y avait une grande impression de désordre de fuite; je suis parvenu au 3° étage police judiciaire,j'ai vu un homme qui s'affairait à ranger des dossiers, je lui fis part de l'objet de ma visite en lui tendant mon ordre de mission :

- Ah, c'est pas trop tôt s'écria-t-il? tout le monde est parti.

-  vous prenez l'avion demain à l'aéroport de la Sénia. Surpris je lui ai dis :

-  Mais je ne voulais pas partir si vite, je voulais attendre la semaine prochaine que ma fiancée soit partie.

- comme vous le voulez mais demain je ne serai plus là, vous aurez affaire à ces gens dit-il en me désignant dédaigneusement un groupe de quatre hommes qui se trouvaient dans un autre bureau ne sachant que faire.

- Prenez ceci, vous aurez le temps de réfléchir cette nuit.

A l'évidence, Si je restais je perdais tout sur le plan professionnel sans certitude de reclassement au sein de la Police Algérienne, mon état de santé (convalescence pour tuberculose) m'empêchait de reprendre une activité, m'imposait un suivi médical que je n'étais pas sûr de trouver après l'indépendance.

Mon futur beau père était venu avec moi ,afin, de s'assurer que j'entreprennes bien les démarches

-  ça y est j'ai mon billet d'avion c'est pour demain, mais, je ne pars pas, la tête de mon futur changea.

-   je n'ai pas de valise, ma mère avant de partir m'avait bien recommandé d'emporter au moins la télévision, car, elle est toute neuve, j'invoquais des tas de raisons pour ne pas quitter le pays.

-  Il faut partir dit-il en colère, les avions sont plein à craquer, vous n'aurez pas une autre occasion, La télévision je l'a prendrais dans mon cadre, ne vous inquiétez pas, prenez juste le nécessaire, je prendrais le reste.

Je n'avais qu'un sac à dos, j'ai mis sur moi mon costume,et ma belle gabardine que je venais d'acheter, ainsi que mon chapeau mou.

A l'aéroport, il y avait une immense file d'attente hommes, femmes, enfants entassés serrés, j'ai présenté mon billet aux militaires, quelqu'un m'a conduit directement dans l'avion, une caravelle.

17 juin le miracle vint enfin. A 14 h, le docteur Chawki Mostafaï, représentant officiel du F.L.N., s'adresse aux Européens par la radio d'Alger! « Algériens d'origine européenne, au nom de tous vos frères algériens, je vous dis que, si vous le voulez, les portes de l'avenir s'ouvrent à vous. Cette Algérie, notre patrie... »
A Alger, la guerre est terminée.
" Si j'avais eu connaissance de ces faits je ne serais jamais parti."

A Oran,  enfin, le 27 juin, une dernière et fausse émission pirate de l'O.A.S., transmise à celle-ci par la télévision officielle, annonce le cessez-le-feu à Oran, où, depuis trois jours, les réserves d'essence brûlent, couvrant la ville d'un nuage noir.
Mais c'était trop tard. Plus rien ne pouvait arrêter l'exode. Plus que trois jours avant l'indépendance! Les derniers commandos de l'O.A.S. s'enfuient sur des bateaux de pêche. C'est la fin.


L'Algérie française avait vécu cent trente-deux ans. L'Algérie indépendante se fera sans les Français.

Lorsque l'espérance de la liberté est plus forte que la crainte, l'homme qui lutte pour ce qu'il croit juste est un homme libre.

Pas tout à fait Français, Pas tout à fait Algérien nous n'avons pas su nous créer une cause Juste. l'après 1962, le racisme Anti pieds noirs, me l'a fait regretter plus d'une fois.

La France par ses excès a donné à ces peuples le sentiment Nationaliste, et le besoin d’une identité Nationale, que nous pieds noirs d'Algérie aurions pu partager du moins pour certains d’entre nous.  

 

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