L APRES GUERRE

En ce temps là, 1945, mes parents s’en tiraient plutôt bien, mon père avait reçu en cadeau une petite truie qu’il apporta à la maison dans la perspective de faire un bon repas, la donna à ma mère, qui eu l’idée de l’élever dans la cour de notre maison, où, elle demanda à mon père de construire une cabane en bois. Une fois adulte la fit engrosser, ce qui donna huit pourceaux, dont elle garda un mâle pour la reproduction, et, ainsi par le génie et le travail de ma mère nous nous en sortions pas trop mal. 

 Histoire de Ghislaine la petite gitane (Cantera de VictorHugo).  

La Cantera nom espagnol pour désigner une ancienne carrière, où, étaient entassés pèles mêles les carcasses de voitures de l’armée américaine.
Une tribu de gitans d’Andalousie vivants de la récupération de ces déchets logeaient dans les infractuosités supérieures de celle –ci,ainsi que dans de petites maisons blanchies à la chaux situées juste au dessus sur un terre plein. Nous ne pouvions y accéder que par un grand  portail de bois coté rue.

 

MON PERE aimait entendre chanter le flamenco, et voir danser les jeunes et belles gitanes, (cela était réservé à quelques initiés), il m’emmenait parfois, le soir, après le dîner.
J’ai ainsi de vagues souvenirs des gens et du lieu. : une coure intérieure en terre battue, où, brûlait un grand feu de bois, des lampes à acétylènes étaient pendues au dessus des entrées, à droite se trouvait la maison du chef de la tribu : Fernando Gurilé, c’était son nom ou son surnom, ma sœur Denise s’en est souvenue, celui-ci, avait une fillette âgée de deux ans, qui se prénommait « Ghislaine », elle était très malade et se  mourait.

Il y avait bien un médicament pour la guérir, « la Pénicilline »,  mais celui-ci coûtait trop chère pour eux qui vivaient dans le dénuement et la misère.
Mes parents se consultèrent et décidèrent par un élan du cœur, malgré nos propres difficultés, d’acheter et de faire venir la Pénicilline de France, cela, sauva la fillette.

Mon père devint ainsi le parrain ( El Padreno) de la petite Ghislaine ( fait exceptionnel pour un non gitan).
Les gitans nous vouèrent une grande reconnaissance : Gares à ceux qui auraient pu porter atteinte à un des enfants del Padreno. 

      HISTOIRE DE MAHMOUD                         

 

C’est en classe de CE2 (classe de Mr VELA) que J’ai connu Mahmoud, Il avait une énorme tête remplie d’eau suite à un accident lorsqu’il était bébé.

A la récréation, il se tenait toujours à l’écart des autres enfants de peur d’être bousculé.

Un jour, alors, que je passais prés de lui en mangeant avec délice et avidité mon goûter, je remarquais qu’il me regardait avec insistance et envie, alors, spontanément je suis allé vers lui pour lui proposer de partager celui-ci, Mahmoud, refusa parce qu’il croyait que c’était du Halouf, puis lorsque je lui ai dis que ce n’était que du pain de l’huile et du sel, il accepta.

C’est comme cela que nous sommes devenu ami, il m’arrivait parfois de faire un bout de chemin avec lui à la sortie de l’école.
Ma mère avait créé dans notre maison une petite épicerie servant à la vente des produits de transformations des cochons qu’elle faisait abattre, et dont elle fabriquait la charcuterie.

Mon père possédait une charrette et un vieux cheval un peu fou que nous nommions « Griso » ,qu’il utilisait pour transporter les caisses de légumes que ma mère vendait sur un petit étal qu’elle avait fait devant notre maison , cela, nous permettait de vivoter dignement en ce temps de chômage et de galères.

La concurrence était rude, il y avait pas moins de huit petites   épiceries dans le secteur,(l’épicerie Bareto, Ravasco, Keller, Gumiel, Moreno, Soussi, Aberca et Jourdan, probablement d’autres dont je ne m’en souviens pas).

 

 

 

Peu de temps après ma rencontre avec Mahmoud, le père de celui-ci, vint trouver le mien, pour lui demander d’accompagner d’urgence son fils à l’hôpital, que celui-ci, se mourait.

Mon père fut d’abord surpris qu’un indigène du bidonville s’adressa à lui et non pas  au Caïd qui possédait une voiture automobile, néanmoins, cela, lui sembla une marque de sympathie de confiance, et, d’estime, devant l'urgence, il attela rapidement sa charrette se rendit au chevet de l’enfant, l’enveloppa dans une couverture et le transporta  à l’hôpital, hélas, c’était trop tard Mahmoud décéda peu de temps après.

Lorsque mon père m’informa de ce triste sort, je me suis mis   à pleurer, les jours qui suivirent je fus triste et en colère à la fois.

D’autres enfants du bidonville erraient dans les rues en quête de nourritures sans que nous sachions s’ils avaient des parents, de la famille, SNP ( Sans Nom Patronymique ) 8 ans était de ceux-là.

Par la suite, Ils devint avec son jeune frère cireurs de chaussures au centre ville d’Oran.

 

 

 

DECLIN : 

Les temps étaient durs, Les situations évoluaient rapidement, il suffisait d’un malheur, un décès, une maladie pour remettre en cause tout le produit d’un dur labeur, les dégringolades étaient souvent dramatiques.

Je me souviens d'un marché où ma mère vendait des légumes, mon père était étendu par terre le crâne ensanglanté. J'ai appris par la suite ce qui s'était déroulé.
Il y avait eu une altercation entre ma mère et le placier, mon père ne voulant pas que l'on manque de respect à son épouse s'en mêla, au cours de la bagarre qui s'ensuivi, le placier se servant d'un poids de balance de 1 Kg qu'il avait pris sur le banc de légumes, lui assena sur le crâne un grand coup.

J’ai gardé l'image d’un homme gisant ensanglanté sur le sol sans savoir que c’était mon père.
Après cet incident on retira à ma mère l'autorisation de faire les marchés.
En ce temps là, une municipalité socialo communiste avait été élue à ORAN.

Les frères de ma mère étaient des militants communistes, voyant leur soeur dans le désarroi et quoique leur beau frère ne soit pas communiste, allèrent trouver l'adjoint au maire communiste du secteur Victor Hugo Bastié, afin que, lui soit rendu justice, et, demander à celui-ci de rendre cette autorisation de vendre des légumes à cette mère de famille nombreuses dont le mari était impotent et sans ressource.

Malgré cette démarche, On ne lui redonna plus sa licence de vente sur les marchés, alors, ma mère qui était pleine de ressources, et, d’énergie, créa dans notre appartement de la rue courbi de coignard, une petite épicerie, avec un prêt qu'elle fit auprès d'un usurier.

Mon père fut opéré des yeux,(séquelles de la guerre 1914/1918) sans grand succès, il ne trouva plus de travail, et commença à se décourager, à baisser les bras, seule l'énergie et le courage de ma mère nous sortirent d'affaire du moins pendant un certain temps.
A compter de cette période mes souvenirs deviennent plus clair, plus fournis, je n'ai pratiquement plus besoin de l'aide de mes proches, pour reconstituer la chronologie des événements.

AGATHE aurait pu réussir dans le commerce si elle n'avait pas eu si bon coeur, je me souviens qu'elle se plaignait de l'ingratitude de certaines clientes qui lui laissèrent des ardoises, et, à qui elle avait rendu service pendant que leurs maris étaient prisonniers de guerre, notamment, Madame H, dont l'une des filles était gravement malade (la tuberculose).
Chaque fois que cette personne venait faire ses courses ma mère lui glissait subrepticement enroulé dans un papier un morceau de viande pour la malade, et, après quelques temps se laissa attendrir lorsque celle ci lui demanda crédit jusqu'à ce que son mari soit libéré, c'était une question de jours disait-elle.

Le mari fut libéré, mais ma mère ne revit jamais plus sa cliente qui alla se servir chez son concurrent l'épicerie Bareto, en lui laissant une belle ardoise.

Naturellement, la faillite survint,et, tous ses biens saisis sans aucun ménagement par un huissier.
Ma mère travailla par la suite comme bonne à tout faire chez de riches colons du centre ville.
Elle devait faire le ménage, le manger,et, s’occuper d’un jeune enfant très capricieux et méchant qui lui faisait passer de durs moments, lui demandant tantôt une chose, la jetant l’instant d’après, salissant ce qu’elle venait de nettoyer, et surtout, racontant n’importe quoi à sa mère qui souvent n’était pas là et menait une vie oisive, elle le croyait et rabrouait sans aucun ménagement ma mère.

Un jour il demanda
- je veux un goûter avec du beurre et du roquefort.
Puis, lorsque celui-ci fut fait.
- j’en veux pas, le jeta par terre et s’en alla.
Ma mère le ramassa, au moment de le mettre à la poubelle, elle pensa à moi son jeune fils qui avait comme goûter qu’une tranche de pain imbibait d’huile avec un peu de sel ,et, parfois pour varier le goût un peu de sucre.
Discrètement du moins le pensait-elle, l’enveloppa dans un morceau de papier journal qu’elle mit dans son sac.

Ce fut pour moi la découverte d’un goût inoubliable, le moelleux du pain blanc, la saveur onctueuse du beurre, le léger picotement du roquefort.

Le lendemain, la patronne à qui son enfant avait raconté que ma mère avait volé ce goûter, malgré les protestations, la licencia sans autres ménagements, ni indemnités la menaçant de la faire enfermer pour vol.


La puissance s’autorise des actes que l’ignorance subit.
 

Durant les années qui suivirent, les difficultés s’amoncelèrent, mon père aveugle renonça de se battre, seule le courage la volonté la ténacité de ma mère, cet esprit d’abnégation dont elle a toujours su faire preuve nous maintins hors de l’eau.

Pendant quelques temps ce fut à mon tour d’être classé dans la catégorie d’indigent, cela m’a permis de manger à la cantine scolaire, avec bien d’autres camarades de mon quartier.(roumis ou musulmans), dont les familles étaient en grandes difficultés (la cantine scolaire était réservée uniquement pour les indigents). 

  

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