vacances a lyas 

LES JOLIES COLONIES DE VACANCES :

 

Il y avait dans notre quartier une expression qu’utilisaient nos mères lorsque en colère elles nous grondaient, et, cherchaient à nous corriger :

-         Ven aqui, ni Abadie te salvara.( viens ici, ni Abadie te sauvera )

 

Abadie c’était le nom du directeur de l’école des garçons. Quels rapports y avait –t-il ? entre cela, je ne le sais pas, mais, je suppose que c’était parce que Monsieur Abadie était un directeur d’école sévère mais bon, un laïc humaniste qui se préoccupait de la scolarisation des enfants du quartier, ceux-ci, souvent quittaient celle-ci dés l’age de dix, ou, douze ans pour travailler.(mon frère Roger), afin, participer aux ressources des parents.

Ma mère n’aimait pas me savoir à traîner dans les rues.

Dés l’age de neuf ans, par les œuvres laïques, elle m’envoya en colonies de vacances, d’abord ce fut à Frenda dans le sud Algérien, les deux années suivantes en France au château de La Pérouse dans la Drôme.

Si aujourd’hui, cela est courant, en ce temps là, les parents hésitaient à se séparer de leurs progénitures, je crois, avoir été l’un des rares garçons de l’école de Victor Hugo à y aller.

La préoccupation de ma mère était pécuniaire, car, il fallait pouvoir constituer un trousseau convenable comme cela était exigé.

La colonie de vacances de Frenda correspondait tout à fait à celle décrite dans la chanson de Pierre Perret :

-         Les jolies colonies de vacances, merci Papa, merci Maman.

j’ai pour tous souvenirs une coure d’école, l’eau parfois boueuse du robinet le matin pour la toilette, la coupure de l’eau durant toute la journée, du quart d’eau potable que nous avions à chaque repas, des marches à travers une plaine morne, aride, et, désertique au cours desquelles nous chantions

-         un kilomètre à pied ça use, ça use, deux Kms à pied etc. etc.

Ainsi que, le souvenir de grands vautours juchés sur les squelettes d’animaux.

L' année suivante ce fut le château de la Pérouse dans la Drôme en France. J’ai un bien meilleur souvenir de cela.

C’était un château avec une belle pelouse sur le devant, de grandes salles de dortoir, la foudre qui durant un gros orage s’est abattu sur celui-ci le faisant trembler à notre grande frayeur. Je me souviens de nos courses à travers les sous bois verdoyants et frais, de la jolie fille du gardien du château, et, d’une chanson dont j’ai retenu quelques mots parce que je trouvais qu’elle avait une belle mélodie tout comme le chant des partisans, ou, l’internationale:

-         Nous l’avons bâtie la belle maison, et, toute notre vie nous la rebâtirons.

Je me souviens de nos excursions en car, notamment à Chambéry, la place des éléphants. Aix les bains et son bateau à roue.

L’été 1954, on proposa à mon frère Joseph qui était séminariste d’animer pendant deux mois, une colonie de vacances catholique à Lyas, prés de Privas en Ardèche. Il me fit venir afin de le seconder dans sa tâche en qualité d’aide moniteur, mais aussi, afin de m’occuper.

Je n’étais pas rétribué, le coût du voyage étant pris  en charge par la colonie de vacances

J’avais 14 ans et demi, j’étais devenu un grand gaillard sec et vif, et, malgré les inquiétudes de ma mère je fis le voyage seul, d’abord dans la cale d’un bateau  Oran Marseille, puis de Marseille St Charles à Orange, où, m’attendait le boulanger qui approvisionnait le centre de loisirs et de plein air de Lyas .

La première nuit en France, je fus hébergé par Mr. D.... architecte à Orange, beau frère du curé directeur de ce centre de vacances. Très tôt le matin le boulanger vint me chercher, afin, de me conduire sur le lieu.

Ce voyage a été une grande aventure, car, c’était la première fois que je sortais de chez moi, que j’agissais seul, il a fallu que je me débrouille pour avoir une place dans le bateau malgré mon terrible mal de mer, que je me rende du port de Marseille jusqu'à la gare St Charles à pied traînant une valise trop lourde, demandant aux passants mon chemin, puis, de pas me tromper, afin, de prendre le bon train à destination d’Orange, regardant avec inquiétude les stations défilées avec la peur de rater la gare d'arrivée.

La Colonie de vacances de LYAS était probablement une ferme aménagée à cet effet, son directeur était le Curé de Vaison la romaine assisté par sa sœur Madame D... la femme de l’architecte d’Orange. Il y avait une monitrice, deux autres moniteurs( le chef Robert et un autre de Marseille), ainsi que mon frère JO, et moi.

Après quelques jours d’activités sous les ordres de mon frère, il a fallu que je m’impose comme chef, pour cela les enfants me testèrent, me défièrent de battre à la lutte l’un d’entre eux âgé de 15 ans comme moi, Brutus, natif de malossan dans le Vaucluse, il était ainsi surnommé pour sa carrure et sa force.

Après plusieurs combats, desquels je sortais toujours vainqueur de par ma vivacité, nous étions devenu ami. je devins ainsi le chef incontesté.

                                               

 

Mon équipe d’une quinzaine d’enfants se forma, nous battions souvent aux jeux les autres équipes. Dans celle du chef Robert il y avait W… le neveu du directeur de la colonie de vacances, c'était un enfant méchant, et, arrogant, un jour il m’a dit :

-         tu n’es qu’un sale BICO !

Connaissant son lien de parenté, Je n’ai pas pu répliquer, je me doutais bien que cela était une insulte. j'étais blessé, au bord des larmes, je suis allé trouver mon frère pour lui demander

-         JO, Willy m’a traité de sale Bico, tu sais ce que cela veut dire ? mon frère devint rouge de colère et alla trouver le directeur en me disant :

-         Ça ne se passera pas comme cela, souvent les enfants répètent ce que les parents disent, les français appellent ainsi les arabes d’Algérie, nous ne sommes pas des arabes.

Il ne fut même pas puni, il me narguait parfois, jusqu’au jour, où, les choses changèrent. Ce fut au cours d’un jeu qui consistait en un tournoi opposant deux équipes adverses, elles étaient composées de montures et de leurs cavaliers .

J’ai demandé (étant le plus léger) à Brutus d’être ma monture, nous étions face au chef Robert et à willy, le chef  Robert était un grand gaillard d’une vingtaine d’année, robuste et solide, les chances de succès étaient minces, aussi, je devais faire preuve d'habilité dans l'évolution de ma monture :

-         à droite Brutus, à gauche, la lutte était acharnée, à un moment donné j’ai saisi le col de willy, j’ai demandé à Brutus de se caler fermement sur ses jambes, j'ai tiré fort, w… a basculé en arrière déséquilibrant sa monture, il a chuté rudement, il ne nous restait plus qu’à prendre le fanion et à retourner victorieux dans notre camp.

William pleurait à terre s’étant probablement fait mal en tombant. J’avais ma revanche à la loyale, au cours d’un jeu, je ne fus pas inquiété.

Nous étions à la fin Août, ce fut le retour vers l’Algérie.

Je passais une nuit au séminaire de Valence, où, mon frère devait reprendre ses études pour devenir prêtre, il m’accompagna à la gare, où, je pris le train pour Marseille, puis le bateau pour Oran.

Depuis, j’ai toujours gardé en mémoire le sentiment d’un mépris, d'un regard, d’une appréciation, d’une considération, qu’avaient de nous les Français de Métropole.

Deux mois après, Novembre 1954, 1° attentat, et, début de la guerre d'Algérie.

 

Mes Vacances au Maroc

 

En 1953, j'ai passé l'été chez mon frère Roger au Maroc au sud d'Oujda à Djérada, où celui-ci, était chef de poste d'un transformateur d'électricité qui servait à alimenter en courant électrique les mines de charbon.

Ce transformateur était situé à environ 10 Kms du village en pleine région prés saharienne, au milieu des dunes, où, il n'y avait aucune autre végétation que des touffes d'alfas. Notre seul  voisin était un religieux musulman un Taleb qui vivait en Hermite avec sa famille à environ 100 mètres plus loin dans une baraque faite de planches et de tôles ondulées, sans eau ni électricité.

Les seuls échanges qu'ils avaient c'étaient un salut de la main et bonjour ou Salam. 

Au cours d'un hiver très rigoureux mon frère s'inquiéta du sort de cette famille, il alla porter un saut rempli de charbon que la mine lui fournissait pour le chauffage. 

Par la suite, le taleb invitait de temps en temps l'après midi mon frère Roger à prendre avec lui un thé à la menthe, c'était pour eux l'occasion de discuter sur tout ce qui pouvait rapprocher les êtres humains sur nos religions, notre mode et conditions  de vie, des riens qui font naître la sympathie et rapproche les gens.

Au Maroc, c'était la fin du protectorat Français.

En fin d'après midi, lorsque le soleil était moins haut et chaud, j'allais me promener à travers les collines d'alfas avec Ralph le chien que mon frère avait hérité de son précèdent collègue reparti pour la France.

Le paysage était grandiose et merveilleux, c'était des moments magiques, une rencontre avec l'immensité de la nature, où, je me sentais si petit, et, si vulnérable.

je n'avais jamais vu auparavant d'aussi magnifiques et splendides couchers de soleil.

Au loin, derrière les dunes de sables, c'était une immense boule de feu rougeoyante qui descendait petit à petit sur l'horizon éclairant le ciel bleu, qui d'instants en instants changeait, se chargeait de différents tons de rouge orange colorant les dunes de sables d'un or vif, puis, le soleil disparaissait lentement et ce paysage s'assombrissait, le haut du ciel devenait gris, alors qu'un gigantesque embrasement couvrait les sommets des dunes. J'étais tour à tour surpris, étonné, ravi, fasciné devant cet écran géant. 

La pénombre envahissait progressivement l'environnement, et, je me hâtais pour le retour.

Au cours de mes promenades, parfois, Ralph se mettait en arrêt devant un buisson d'alfas, intrigués je faisais du bruit avec un bâton, c'était alors l'envolée d'un groupe de perdreaux, mon chien bondissait et courrait derrière eux assommant avec ses larges pattes l'un d'entre eux, je découvrais ainsi les qualités de chasseur de mon chien.

Un soir, m'étant éloigné, je me suis laissé surprendre par la tombée de la nuit, c'est à ce moment là, que commence la vie des animaux diurnes, je n'étais pas très rassuré, en passant devant un camps de nomades  des chiens errants ont surgi, aboyant après moi et me poursuivant pendant quelques mètres, mon chien leurs faisant face, le rire d'une hyène se trouvant à proximité a détourné leurs attentions, inquiet, j'ai accéléré ma marche.

Toutes le semaines j'étais chargé d'approvisionner en charbon la famille du taleb, je chargeais à grandes pelletées ma brouette lorsque, soudain, a surgi devant moi un serpent qui s'est dressé en sifflant avec sa langue, j'étais pétrifié de peur, Ralph à bondi sur celui-ci et l'a coupé en deux, mon frère est sorti et avec la pelle a fini de le tuer.

Par la suite, je me suis lié d'amitié avec Mohamed le fils de ce religieux.

Je me souviens avoir été avec lui à la cité minière pour acheter le pain et quelques courses. Cela se passait vers 10 heure du matin nous devions parcourir 10 Km sur un sentier en plein désert, insouciant nous jouions en chemin, mais vers 11h la chaleur est devenu torride et il nous a fallu presser le pas.

 A l'arrivé, j'étais étonné par toutes ses infrastructures métalliques qui nous surplombaient. Au cœur du village Mohamed me dit : 

- J'e dois aller chercher du pain on se retrouve par ici.

- moi aussi, je vais avec toi.

- Mohamed me répond : non tu ne peux pas entrer dans le village arabe c'est interdit.

- Pourquoi?

- parce qu'ici au Maroc les européens ont une ville et les arabes une autre nous sommes séparés.

- je lui ai dit mais ça ni fait rien! nous sommes des copains. Alors avec un peu de crainte il me répondit:

- non! non et puis il parti. moi je me suis rendu dans le quartier européen pour acheter mon pain. 

J'ai attendu, puis attendu encore Mohamed durant au moins une heure. Ne le voyant pas revenir je suis parti seul en empruntant le même chemin, légèrement inquiet dans cette solitude profonde du désert sous un soleil ardent.  

Je n'ai plus revu Mohamed, je m'inquiétais pour lui. je suis allé prendre de ses nouvelles chez lui, mais on me répondait que celui ci était parti chez de la famille à Oujda.

Comme je m'ennuyais, mon frère Roger m'emmenait avec lui pour la surveillance du transformateur en m'expliquant le nombre de voltage produit et acheminé vers la mine, m'expliquant les dangers et les risques de ce métier , me recommandant de ne jamais toucher quoique ce soit sans protection. 

Pourtant un jour en passant sur les travées j'ai reçu une forte décharge d'électricité. Mon frère a entrepris les premiers gestes de sauvegardes, puis, Les secours sont venus rapidement pour me soigner. Durant deux ou trois jours j'ai été très sonné et je n'ai plus remis les pieds dans le transformateur  

Je passais seul ces fins de vacances avec mon chien à parcourir l'immensité de sable. Fin septembre mon frère m' a accompagné jusqu'à Oujda d'où j'ai pris le train pour Oran.

 

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